La réponse aux manifestations a mis en évidence des violations des trois principes de l’accès à l’information, de la participation à la prise de décision et de l’accès à la justice.

L’accès à l’information a été refusé de plusieurs façons. Au lendemain de l’attaque, plutôt que de répondre de manière significative aux demandes du peuple, le gouvernement a imposé des amendes aux chaînes de télévision qui diffusaient les manifestations. Il a également veillé à ce que les membres de la Commission d’enquête mise en place pour enquêter sur les excès de l’unité de police aujourd’hui dissoute prêtent serment au secret.

La participation à la prise de décision a également été refusée. Soutenus par la Constitution nigériane, qui garantit le droit de réunion et d’association pacifiques, les manifestants ont formulé plusieurs demandes au gouvernement. Celles-ci allaient d’une réforme de la police à une bonne gouvernance. Au lieu d’écouter leurs revendications, le gouvernement a ordonné à l’armée nigériane de les affronter. Au moins 12 manifestants non armés ont été abattus.

Cette situation a montré que les Nigérians se voient souvent refuser le droit de participer à la prise de décisions qui les concernent.

C’est tout comme ils se voient refuser l’accès à la justice. Par exemple, un Panel présidentiel de 2018 sur la réforme de l’Escouade spéciale Anti-vol a recommandé le renvoi de 37 membres de la célèbre unité de police et la poursuite de 24 autres pour faute professionnelle. Le président Muhammadu Buhari a reçu le rapport du groupe d’experts en juin 2019, mais rien n’est arrivé aux officiers impliqués. Cela reste le cas, même après les manifestations de fin du SRAS.

En raison du coût énorme des litiges, du retard dans le traitement des affaires judiciaires et de l’indisponibilité de recours adéquats et efficaces, les Nigérians sont souvent incapables d’obtenir réparation devant les tribunaux, dans de telles situations. Sans accès à la justice, la passerelle procédurale pour l’application des droits fondamentaux fait défaut.

Un appel au réveil

Les manifestations sont un appel au réveil pour tous les Nigérians.

Les développements récents obligent à revoir un rapport de 2005 commandé par le Conseil national du renseignement des États-Unis, qui examinait les tendances probables en Afrique subsaharienne sur une période de 15 ans.

Le rapport concluait que certains pays africains, malgré la tenue d’élections multipartites, resteraient des « aspirants à la démocratie” – en d’autres termes, ils ne parviendraient pas à une véritable démocratie.

Le rapport prédit également l’effondrement pur et simple du Nigeria.

Comme prévu, le reportage a fait sensation dans les médias. Il a déclenché des réactions variées et a suscité un débat sur les affirmations qu’il a formulées.

Le gouvernement nigérian n’a pas tardé à condamner le rapport.

Du point de vue de 2020, quelle était la précision des prédictions?

À mon avis, malgré son incapacité à offrir la démocratie à ses citoyens, le Nigeria n’est pas une entité défaillante, effondrée et désintégrée. Il s’agit plutôt, en principe, d’un État faible qui n’a pas réussi à fournir des biens publics de base à ses citoyens.

Son système de gouvernance déficient a eu de graves conséquences sur son développement social et politique, sa croissance économique, sa paix et son unité.

Des solutions

Les États existent pour livrer certains biens publics aux personnes sur leur territoire. Les plus cruciales d’entre elles sont la sécurité humaine et la protection des droits et libertés fondamentaux. Un système de gouvernance déficient est un obstacle au développement social et politique, à la croissance économique, à la paix et à l’unité. Les gouvernements et leurs institutions doivent être transparents, réactifs et responsables envers la population.

Les possibilités de participation aux processus décisionnels doivent également être mises à la disposition des jeunes de la même manière que les autres membres de la société. L’hypothèse culturelle selon laquelle les aînés ne peuvent être remis en question ou corrigés doit être supprimée.

Ayant fermement résolu de vivre dans l’unité et l’harmonie en tant que nation indivisible et indissoluble, la situation actuelle offre au Nigeria l’occasion de revenir sur ses pas.

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